Half en half


Recto/Verso. 2 panneaux peints. Tempera. 2009. Marchin. photo Jacky Lecouturier.

Maison de la culture de Namur. invitation au vernissage de cette exposition le vendredi 12 mars 2010 à 18 heures 30 à la Maison de la Culture à Namur.

Bernard Villers : « l’envers vaut l’endroit »
Peintre, Bernard Villers découvre à Amsterdam, dans les années 70, la librairie « Other books and so », un lieu magique et souterrain fondé et tenu par un grand pionnier du livre d’artiste, Ulises Carrión. Et c’est une illumination ! Le livre marquera sa démarche de peintre. Les découvertes picturales seront plus incisives et décisives. Mais c’est en tant que peintre qu’il s’est d’abord confronté à la question de savoir comment annuler la hiérarchie de l’envers et de l’endroit des choses, du recto et du verso d’un tableau. « L’envers vaut l’endroit » disait-il alors, et il citait volontiers la formule de Jean Tardieu : « Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? »

À cette interrogation, dont l’enjeu est la lucidité d’être au monde, le livre apporte la réponse d’une simplicité déroutante: le pli. L’accessibilité de l’envers et la publicité de l’endroit de la page sont au fondement de la démocratisation de la culture par le livre. De nombreuses expériences menées par Bernard Villers à la frontière de la peinture et du livre témoignent de l’inspiration qu’il en tire, aussi bien lorsqu’il explore une poétique du pli que lorsqu’il redéfinit la position de la peinture du point de vue du livre. « J’ai fait de nombreux “livres” qu’on appelle “d’artiste” et des tas de choses que j’appelle “peinture” », note-t-il. Ses premiers livres poursuivaient, renforçaient et questionnaient sa démarche de peintre. C’est pour cette raison que les Éditions du Remorqueur, fondées en 1976, font place, en 2004, au Nouveau Remorqueur, d’une veine plus conceptuelle, alors que la pratique picturale de Bernard Villers change de direction, explorant les couleurs de l’environnement quotidien. Dans une note de 1992 intitulée « Le choix » (catalogue Un peu, beaucoup…), l’artiste réaffirme sa position de peintre qui refuse la distribution hiérarchique des pouvoirs : « Toutes les couleurs sont belles. / Toutes les formes sont bonnes. / Tous les supports conviennent. / Reste à décider du format ».

En réalité, Bernard Villers se dépossède systématiquement de ce pouvoir arbitraire de décider. Et pour y parvenir, les stratégies sont multiples. Ainsi, dans certaines de ses peintures récentes, le format est celui de livres qui pourraient provoquer l’« activité liseuse » (Michel de Certeau) du spectateur. Dans d’autres, percées de trous à hauteur du regard, les formats sont adaptés à la taille des personnes concrètes et ne relèvent donc pas non plus d’un pouvoir décisionnaire du peintre. Mais la stratégie picturale qui contribue peut-être le plus à dépouiller l’artiste de son pouvoir, c’est celle de la récupération. Bernard Villers est un ramasseur invétéré et il peint à rebrousse-poil.

À l’époque de la professionnalisation généralisée, il récupère tout. C’est chez lui compulsif, comme si le désir de la peinture se portait sur le registre le plus méprisé de la réalité, à savoir sur les objets jetés ou abandonnés dans la rue. «Tu verras qu’il y a bien des choses dans un chosier », écrit Gaston Bachelard. La couleur, la forme, le support et le format sont alors un don anonyme et involontaire, récupéré au passage, comme autant de possibles qui gisent dans la rue. Ses travaux ont cet aspect de modestie inimitable. Toujours en rapport avec l’environnement ambiant, ses observations sont inventives, ses matériaux récupérés, ses idées ingénieuses, sa démarche bricoleuse. Au lieu d’exercer inutilement le pouvoir démiurgique que l’histoire a réservé au peintre, Bernard Villers dévoile l’envers de la conception traditionnelle de la peinture, à savoir la présence de toutes les valeurs picturales dans l’environnement quotidien le plus banal. On l’aura compris : sa peinture est à la fois coloriste et politique.

Leszek Brogowski

Attend. Dépliant. Sérigraphie. 2006 photo Daniel Dutrieux.

Cette exposition organisée par le Service de la Culture de la Province de Namur sera accessible tous les jours de 12 à 18 heures jusqu’au 21 avril 2010 (sauf les 4 et 5 avril). Entrée libre
Avenue Golenvaux, 14, B-5000 Namur, Belgique 081 – 77 67 73
e-mail : arts.plastiques@province.namur.be
avec le soutien de la Communauté française Wallonie Bruxelles